Prologue
J'ai plusieurs projets dans ma vie, mais pour l'instant, me suicider est ma priorité. Une fois ce projet accompli, j'aurai du temps pour tous les autres. Ce que j'aime faire de mes vendredi soir, c'est de donner des défis à mes amis. La semaine dernière, #2 a tenté de se percer les poumons avec l'aide de #3. J'épprouvais beaucoup de plaisir à les contempler; l'un avec un pied-de-biche, l'autre avec un sourire. Je crois qu'avec le temps, ces défis sont devenus un rituel, une drogue, un orgasme autant physique que psychologique. Des rencontres comme celle-ci avec le destin, viennent donner un sens à ma vie. Elles construisent une route menant au bonheur ultime. La route nous transporte sur ses ailes, tel un ange, et nous réchauffent, tel un incendie. Elle nous apporte réconfort et réponses à nos questions. Je me sens comme un enfant têtant le sein de sa mère. Ce qui me diffère de l'enfant, c'est que j'ai moi seul choisi de me nourrire, je n'ai rien pris pour acquis. J'ai longtemps réfléchi avant de dépendre de ma mère et de ses prouesses en tant que créatrice.
Je me prénomme #1 et j'ai pour devoir de vous donner envie de suivre mon chemin, ma lignée, mes rêves, mon destin.
Chapitre 1:
Le médecin à un jour dit à ma mère que je n'aurais pas dû exister, c'est ce que je crois aussi. Elle me le dit à chaque jour depuis maintenant dix-sept années par l'entremise du regard, des parôles et actions, je l'ai compris depuis longtemps.
Ce matin encore je le ressent encore et pourtant, elle n'existe plus. Je n'ai fait qu'un seul voeu durant toutes ces années, la voir partir, puis, il s'est réalisé. Ma vie est plus calme désormais, les sensations divines se présentes à moi. J'ai l'impression que le tout puissant me tend la main pour une fois. Il tente de me redonner une chance de ressentir d'autres émotions à l'égard du monde. Je lui souris en le regardant droit dans les yeux. Je le caresse tendrement et je lui baise la main. Je suis en route pour un objectif qui ne se manifeste pas. Une rue bien droite se présente à moi, elle tente de me guider. Pour ajouter un certain effet de perte sensorielle, je me met le doigt dans l'oeuil, puis les larmes jaillissent de mes yeux j'éprouve de la difficulté à obtenir une vision claire des choses qui se présentent devant moi. Après quelques instants, tout s'éclairci. Sur mon chemin se trouve un clochard en fauteuil roulant accompagné de son chien.
-Auriez vous une pièce? Si oui, je vous laisse mettre votre doigt dans la tête de mon pigeon.
Il me présente son pigeon rongé par la mort et l'ennuie. Je lui donne la pièce, mais je lui demande de me faire une démonstration en me décrivant ce qu'il ressent lorsqu'il enfonce ses ongles dans le crâne de l'oiseau. Il me répond que cela lui rappelle la guerre et la perte de ses jambes, son épouse et sa première baise, son premier meurtre et sa première cigarette. Je vide mes poches entièrement et je lui donne assez pour qu'il se paie de quoi remplir sa panse et celle de son chien et moi, j'en garde assez pour me payer un bus, car je viens de me souvenir que ce matin, je dois aller au travail. Il me remercie, prend ma main, la baise et donne l'oiseau à son chien que j'observe avec compassion; ce dernier a perdu l'usage d'un ½il et me fait un faux sourire. Je lui renvoie ce geste de gratitude, puis je cours vers le bus.
Il faut conclure que tout peut évoquer la nostalgie, que l'affection se transmet d'individus en individus et que parfois on tente de nous donner un avant goût de nos choix. C'est ainsi que se termine le premier chapitre.